On cite régulièrement la résolution 242 du Conseil de sécurité des Nations Unies, votée le 22 novembre 1967, après la Guerre des Six jours, comme document international de référence dans le conflit israélo-arabe, pour exiger le retrait israélien de.... ? de quoi au fait ? Et c'est là toute la difficulté car il y a une ambigüité linguistique qui laisse un vaste champ à l'interprétation. Et ce document ambigu sert de pierre angulaire pour l'ensemble des documents produits depuis 1967 et pour le processus de paix israélo-arabe. C'est dire son importance.
La difficulté provient des textes anglais et français de la résolution qui peuvent ne pas vouloir dire la même chose. La phrase équivoque se trouve dans l'article 1 du texte qui précise que le Conseil de sécurité des Nations Unies demande le « Retrait des forces armées israéliennes des territoires occupés au cours du récent conflit » et, dans la version anglaise « Withdrawal of Israel armed forces from territories occupied in the recent conflict. »
Le récent conflit auquel il est fait allusion est la Guerre des Six jours, lorsqu'Israël attaque l'Egypte et occupe le Sinaï, le Golan, la Cisjordanie (la Judée et la Samarie), Gaza (un lieu maintes fois convoités depuis l'antiquité) et Jérusalem-Est (la partie de la ville qui fut administrée par la Jordanie jusqu'en 1967).
Si en français, on parle bien d'un retrait des territoires occupés au cours du récent conflit (la Guerre des Six Jours), en revanche en anglais l'expression « from territories occupied in the recent conflict » est beaucoup plus difficile à analyser.
Dans le premier cas, la communauté internationale demande à Israël de se retirer de tous les territoires qu'elle a occupés pendant le conflit. Dans l'autre, c'est-à-dire dans la version anglaise, « from territories » peut s'interpréter comme voulant dire : de « tous » les territoires ou bien seulement « de » territoires. Dans la dernière acception de la phrase, cela implique qu'Israël peut conserver certains territoires occupés.
On objectera que le préambule de la résolution réaffirme un grand principe du droit international : « l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la guerre », qui est plutôt une considération d'ordre générale.
Il aurait fallu, dans la version anglaise, être plus spécifique et écrire « of all territories » (de tous les territoires). Le problème est que dans ce cas, les Etats-Unis auraient opposé leur veto à la résolution si l'on en croit Vernon Turner, dans Les dessous de la résolution 242 - Les points de vue des acteurs de la région. Il affirme que le représentant britannique à l'ONU, Lord Caradon résista, au cours de la rédaction du projet de résolution, à la pression du représentant soviétique qui souhaitait ajouter la mention « all » qui aurait demandé un retrait en anglais de tous les territoires. Selon un des rédacteurs de la résolution, Eugene Rostow, de nombreuses motions visant à exiger le retrait israélien des territoires ou de tous les territoires occupés lors de la Guerre des Xis jours ont été présentées à plusieurs reprises faisant preuve d'une grande ingéniosité linguistique. Elles furent toutes rejetées par l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité ».
De plus, pour un certain nombre de spécialistes, tout retrait est israélien est subordonné aux impératifs de sécurité de l'état d'Israël.
Olivier Jacoulet
Sources : http://www.un.org/french/documents/view_doc.asp?symbol=S/RES/242(1967)&Lang=E&style=B (textes complets de la résolution 242 en français et en anglais) ;
http://fr.wikipedia.org/wiki/Territoires_palestiniens_occup%C3%A9s ;
http://www.takeapen.org/
http://michelgurfinkiel.com/articles/164-Isral-Le-droit-a-la-survie.html http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/procheorient1967