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Haïti: le défi des urnes

Entre défis et impasse, telle est la situation dans laquelle Haïti se trouve: la probable arrestation de Jean-Claude Duvalier, l'ancien dicateur haïtien, ne doit pas faire oublier les obstacles auxquels se retrouve confrontée l'île. Outre la reconstruction du pays après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 (MaxiSciences, "Haïti : le PNUE lance un programme de reconstruction durable », 9/1/2011), la lutte contre les inondations qui ont provoqué des cas de choléra (plus de 2500 morts selon le ministère de la Santé cité par l'AFP- « Haïti: report des résultats définitifs pour permettre un recomptage des voix », 21/12/2010), il faut tenter de dénouer l'écheveaux des élections présidentielle et législatives du 28 novembre dernier dont les résultats sont contestés par une partie de la classe politique haïtienne. L'élection présidentielle, en particulier, dont le deuxième tour prévu pour le 16 janvier a été reporté en février (Europe 1, « Haïti-présidentielle : le second tour reporté, 5/1/2011, Radio Canada, « Le deuxième tour en Haïti reporté à la fin février », 4/1/2011), a été marquée par de nombreux cas de fraude et de violences. Le journal l'Humanité le rappelait : l'impasse semble totale (« Impasse postélectorale en Haïti » - 22/12/2010).

« C'était une année horrible. D'abord, il y a eu le tremblement de terre, puis la tornade, le cyclone, le choléra - toujours là -, et dernièrement la catastrophe électorale. Le bilan 2010 est très lourd pour Haïti et 2011 ne sera certainement pas plus facile » : ainsi s'exprime Michel Soukar, historien survivant, qui raconte son année 2010 en Haïti au journal Les Inrocks (22/12/2010). Et d'ajouter dans ce même entretien : « Le problème, c'est que l'Etat haïtien, comme l'a montré la dernière supercherie électorale, est un Etat défaillant. Il n'est pas en mesure d'assurer une gestion pérenne de cette aide. Les gens au pouvoir sont accusés - souvent à raison - de corruption, de gabegie» (ibid).
L'ambassadeur des Etats-Unis à Haïti faisait part d'un sentiment semblable à l'occasion de ses vœux le 31 décembre dernier. Il disait entre autres : « Cette année a été pénible dans l'histoire d'Haïti, avec l'épreuve du tremblement de terre du 12 janvier, les nombreuses inondations, et la brusque apparition du choléra. (...) Mon souhait pour 2011, c'est que Haïti puisse démarrer et retrouver pleinement sa place dans la région et dans le monde. Je fais appel à tous les leaders haïtiens, amoureux de leur patrie, qu'ils soient dans le secteur politique, privé, social, ou religieux, pour leur demander de renouveler leur engagement à une politique qui priorisera les intérêts communs. » (Haïti libre, «Vœux de l'Ambassadeur des États-Unis au peuple haïtien », 31/12/2010)

Plusieurs morts

Depuis la ville des Gonaïves (Nord) où se déroulaient les festivités du 207ème anniversaire de l'indépendance d'Haïti, ancienne colonie française le président René Préval déclarait en ce début d'année: « Aujourd'hui, nous sommes à un carrefour dangereux. A côté des calamités naturelles, nous sommes dans une crise politique issue des élections du 28 novembre 2010 » (Europe 1, « Haïti : Préval note « un carrefour dangereux », 1/1/2011).
Le journal Métro de Montréal rapporte que lors de ces festivités, «plus d'une centaine de manifestants frustrés par un processus électoral dysfonctionnel ont marqué le jour de l'indépendance haïtienne en brûlant des pneus et en exigeant l'arrestation du président René Préval » Métro de Montréal, (1/01/2011)
Le Conseil de sécurité s'est ému de la situation et appelé tous les Haïtiens à mettre fin aux violences qui ont éclaté après l'annonce des résultats préliminaires des élections présidentielle et législatives du 28 novembre. Dans une déclaration à la presse ; la présidente du Conseil de sécurité pour le mois de décembre, la représentante des Etats-Unis à l'ONU, Susan Rice a déclaré : « Les membres du Conseil de sécurité ont exprimé leur profonde inquiétude concernant les incidents violents qui ont suivi l'annonce des résultats préliminaires des élections. Ils ont appelé tous les candidats, leurs partisans, les partis politiques et autres acteurs politiques à rester calmes, à éviter de recourir à la violence ou à d'autres formes de provocation et à résoudre tous les différends électoraux grâce aux mécanismes légaux existants »(RCI, « Haïti : le Conseil de sécurité de l'ONU).

200 plaintes déposées

Le quotidien français l'Humanité (ibid) rappelle les faits : le 7 décembre, la proclamation des résultats provisoires, qualifiant pour le second tour la démocrate chrétienne Mirlande Manigat (31%) et le candidat du pouvoir, Jude Célestin (22%), avait provoqué une vague de contestation au cours de laquelle plusieurs personnes ont trouvé la mort. De plus, une dizaine de candidats à la présidentielle réclament l'annulation du scrutin en raison « des nombreuses irrégularités ». Deux candidats, Jean-Charles Henri Baker et Jude Célestin, ont déposé des recours. Le premier pour «fraudes massives», le second, gendre du président sortant René Préval, revendique la victoire dès le premier tour avec 52% des suffrages, en dépit des accusations de pratiques mafieuses qui l'accablent. Enfin, Michel Martelly, ancien musicien haïtien, arrivé en troisième position, propose d'organiser un second tour en présence de tous les candidats.
Notant que « L'annonce des résultats définitifs du premier tour de la présidentielle a été reportée, entamant davantage la crédibilité du scrutin et l'issue du second tour prévue le 16 janvier », l'Humanité (ibid) explique qu'après le premier tour des élections présidentielle et législatives, « les candidats n'ont toujours pas été départagés ». D'autant qu'à la demande du secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), José Miguel Insulza, le Conseil électoral provisoire (CEP) a annoncé, qu'il ne publierait pas les résultats définitifs (qui devaient être annoncés le 20 décembre), «en attendant la fin de la phase contentieuse du processus électoral, l'arrivée et l'accomplissement des travaux d'une mission d'experts de l'OEA sollicitée par le président René Préval ».
En réalité, explique Radio France Internationale (« Haïti/Présidentielle : l'OEA entame sa mission de recomptage », 1/1/2011) il ne s'agit pas d'une opération de recompte des votes. En effet, « un premier groupe d'experts, des statisticiens et informaticiens (arrivés le 31 décembre sur l'île), vont s'atteler à vérifier comment les données des procès verbaux des bureaux de vote ont été compilées. Et des juristes vont, eux, apporter une assistance légale aux autorités haïtiennes pour gérer les plaintes (environ 200) déposées par les partis et les candidats ». La station de radiodiffusion internationale estime en outre que « L'organisation du deuxième tour des élections à la date du 16 janvier est de toute façon compromise » (RFI, ibid).

Rejet
du processus électoral

Pour sa part, le chef de mission de l'OEA et des pays du marché commun de la Caraïbe (Caricom), Colin Granderson a refusé de dire si le deuxième tour pourrait être maintenu à la date prévue du 16 janvier (Le Figaro.fr (AFP), « Haïti, la mission de recomptage débute », 30/12/2010)
Un groupe de 12 des 18 candidats à la présidence, qui réclame l'annulation des élections, a exhorté la mission de l'OEA « à ne pas entrer dans le jeu cynique et anti-démocratique du président René Préval. Le processus électoral doit être rejeté dans son intégralité. Toute démarche contraire provoquerait une crise aux dimensions imprévisibles », ont prédit les anciens candidats.
A ces voix, s'est jointe celle d'un groupe d'intellectuels qui ont dénoncé « une dérive autoritaire du pouvoir » qui cherche à « imposer un choix politique que la population rejette massivement ». Dans une pétition, ces écrivains, sociologues et chercheurs affirment avoir relevé « de nombreux cas de persécution de membres de partis politiques opposés au groupe affidé au pouvoir » (Radio Canada, 1/1/2011).

Un plan « B »

De leur côté, les Nations unies, les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne ont émis de fortes réserves sur le déroulement du scrutin et sur les résultats. Washington et Bruxelles soulignent notamment que les chiffres diffusés par le conseil électoral ne correspondent pas aux projections réalisées par des observateurs qui dessinaient un second tour entre Mirlande Manigat et Michel Martelly (NouvelObs.com, « Le Conseil électoral veut vérifier les résultats du premier tour », 10/12/2010) Celui-ci notait que le conseil électoral provisoire (CEP) « a plongé le pays dans la crise avec ses résultats incorrects. Depuis, le pays s'est mis debout pour faire respecter le vote populaire. La communauté internationale, les observateurs nationaux et internationaux reconnaissent que ces résultats ne sont pas bons. Je comprends votre colère. Je vous demande de surveiller les provocations. Je suis avec vous jusqu'à la victoire totale. »( Lacroix.com, « En Haïti, les partisans de « Sweet Micky » contestent les résultats officiels », 9/12/2010)
Quelle issue à cette crise ? Les diplomates envisagent « un plan B » : Selon l'ambassadeur de France en Haïti, Didier Le Bret, des solutions auraient été évoquées dans le milieu diplomatique. Trois alternatives auraient été proposées par la conférence épiscopale d'Haïti: mettre en place d'un gouvernement technocratique jusqu'à l'organisation d'un nouveau scrutin, transformer le second tour prévu le 16 janvier 2011, en élection à tour unique où seraient invités tous les candidats (ce que prévoit la loi électorale) ou proposer au troisième de liste, Michel Martelly, à participer au second tour.(Haïti libre, « Haïti - Élections : Les diplomates discutent de plans B », 13/12/2010)
Néanmoins, comme le faisait remarquer l'historien, Michel Soukar, « Ça risque d'être violent mais la population ne veut plus se laisser faire. L'explosion sociale couve » (Les Inrocks, ibid).

Olivier Jacoulet

 

 

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