Le corps a ses raisons que la raison ignore et les limites physiologiques humaines pourraient être atteintes en 2027. C'est ce qui ressort d'une étude menée par L'équipe de l'IRMES, Institut de Recherche bioMédicale et d'Epidémiologie du Sport[1] sous la direction de Jean-François Toussaint[2] et publiée en février 2008.
Cette étude se base sur les 3263 records du monde homologués des 5 disciplines olympiques quantifiées (athlétisme, natation, cyclisme, patinage de vitesse, haltérophilie) établis entre 1896, année des premiers Jeux olympiques de l'ère moderne, et aujourd'hui. Choix qui est d'ailleurs remis en question par certains (voir encadré).
Leur conclusion est claire: en 2027, la moitié des records du monde ne sera plus améliorable de façon significative. Dans une génération donc, l'espèce humaine aura atteint ses limites physiologiques en sport. Cet inexorable déclin des capacités physiques, biologiques et métaboliques de l'être humain s'appliquerait aussi bien aux épreuves sportives qui font appel aux facultés aérobies (patinage de vitesse), anaérobies (haltérophilie), qu'à celles qui sollicitent les groupes musculaires des membres inférieurs (cyclisme) ou supérieurs (lancer du poids), ou mobilisent des efforts explosifs (saut en hauteur) ou de durée très longue (50 km marche), chez les hommes comme chez les femmes, ainsi que pour les performances collectives établies lors des relais.
Il s'agit donc d'une refonte de la conception même des épreuves sportives, de la fin d'un cycle et d'une nouvelle approche qui s'ébauchent à l'horizon 2050. Une nouvelle philophie du sport de haut niveau est à trouver. Selon les auteurs de l'étude, depuis quatre décennies on observe un déclin des records, malgré une amélioration des procédés d'entraînement, de recrutement des athlètes et, globalement, une élévation des ressources mises à disposition dans les principaux pays « auteurs » des records du monde (Etats-Unis, Russie, Pays Européens, Australie et Canada). Jean-François Toussaint et son équipe conclut que les modifications futures du contexte socio-économique sont peu susceptibles d'infléchir «la tendance générale, retrouvée dans des sports aussi différents que le marathon, le relais 4 fois 100 mètres ou le saut à la perche». L'étude note deux phases distinctes dans l'évolution des records eau cours des 112 dernières années : une première phase (1896 1968) de rapide amélioration, (interrompue par les deux conflits mondiaux), puis, une importante régression depuis près de 40 ans (1968-2007).
« Aussi loin,
aussi haut,
aussi fort » ?
Première conséquence : il faut modifier la devise olympique. A la place du « Plus loin, plus haut, plus fort », les sportifs des années 2050 devront peut-être se contenter d'un «Aussi loin, aussi haut, aussi fort». Deuxième conséquence : modifier les disciplines olympiques ou les aménager de sorte à pouvoir homologuer de nouveaux records. A quand, le concours du garçon de café le plus rapide comme discipline olympique ou encore, plus sérieusement, la plongée sous la glace, le snow-K ball[3] ou les nouvelles disciplines aquatiques comme le surf, le skim-surf[4] ou le kite-surf[5] ? Troisième conséquence : le dopage ne marche plus. Même des athlètes hyper-dopés ne parviendraient pas à améliorer leurs performances. A ce propos, les auteurs reconnaissent que le fait que certains sportifs soupçonnés ou convaincus de dopage détiennent des records peut altérer les résultats de l'étude. En d'autres termes, les records établis sur cette base sont certainement surestimés et qu'il y a peut-être tout lieu de croire que les records « naturels » comme ceux du 100 mètres sont plus proches des temps réalisés par les femmes (à condition que les records homolgués pour ces dernières ne soient pas établis par des athlètes féminins dopés). Quatrième conséquence : les femmes, justement, qui se sont mises plus tard au sport, devraient donc rattraper les temps des hommes. Cinquième conséquence : les équipements comme les combinaisons des nageurs ne serviront plus non plus à « booster » les performances.
Dans cinquante ans, il sera tout juste possible d'égaler les records établis pendant les deux tiers du XXème, sauf à envisager des interventions génétiques ou avoir recours à un procédé vieux comme le monde : la triche.
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