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LES VIEUX DE LA VEILLE (sic)

La publication au BOAMP (Bulletin officiel des annonces de marchés publics) les 4 et 6 novembre 2008 d'un avis de marché intitulé « veille de l'opinion dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche » suscite de nombreuses réactions, en particulier sur les sites web de collectifs, associations ou individus. Il s'agit d'un appel d'offre pour l'année 2009, reconductible une fois pour l'entreprise sélectionnée, portant sur deux lots, l'un pour le ministère de l'Education nationale (MEN), l'autre pour le compte du ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche (MESR). Le montant global estimé pour ces deux lots est de 200 000 euros. 

Les réactions couvrent un large spectre et, à ce jour, plusieurs milliers d'articles ont déjà été publiés sur le seul Web. Les responsables de la veille ont déjà du pain sur la planche. Pour l'année 2008, le prestataire du marché s'appelle « groupe I & E » et c'est son département I&E décisions « étude et veille stratégique » qui a été sélectionné. Une enseignante de lycée n'hésite pas à déclarer à propos de cet outil (qui existe depuis 2006): « je trouve ce cynisme assez édifiant » en comparant la technique à celle décrite par George Orwell dans 1984. Pour Nicolas Vanbremeersch, directeur de Spintank une société qui fait de la veille d'opinion en ligne, il y a lieu de relativiser : "Ce n'est pas de la surveillance, c'est de la veille. Beaucoup de gens ne comprennent pas ce principe de veille. La même méprise a été faite au moment de l'affaire de Nicolas Princen (normalien-HEC, engagé par le chef de l'Etat pour observer ce que l'ont dit sur lui sur le net, NDLR). Mais la surveillance des journalistes ou de personnes identifiées ne relève pas du service de communication de l'Elysée, on confie ça aux RG, et on ne l'annonce pas dans un appel d'offres public." Pour lui la surveillance permet d'identifier les auteurs alors que la veille ne le permet pas. Il reconnaît néanmoins que les réactions parfois outrées à l'appel d'offre sont le signe que tout ce qui vient du gouvernement ou de l'Elysée font l'objet « d'une méfiance très forte ». Jean-Marc Vinauger, du syndicat Sud-Education du Loiret, s'insurge contre la création de cet outil. Pour lui, il démontre que le gouvernement veut contrôler les opinions contestataires, des mouvements de grève ayant accueilli sa volonté de supprimer 13.500 postes en 2009. 

Surveillance

 Le problème c'est que l'annonce elle–même est ambiguë. En effet, en page 3 du Cahier des clauses particulières (CCP), elle précise les « sources surveillées » (employant ainsi le terme qui permet donc d'identifier nommément la source) en précisant « la veille sur Internet portera sur les sources stratégiques en ligne : sites « commentateurs » de l'actualité, revendicatifs, informatifs, participatifs, politiques, etc. Elle portera ainsi sur les médias en ligne, les sites de syndicats, de partis politiques, (...), les sites militants (...), de leaders d'opinion. La veille portera également sur les moteurs généralistes, les forums grand public et spécialisés, les blogs, les pages personnelles, les réseaux sociaux, ainsi que sur les appels et pétitions en ligne, et sur les autres formats de diffusion (vidéos, etc.) Les sources d'informations formelles que sont la presse écrite, les dépêches d'agences de presse, la presse professionnelle spécialisée, les débats des assemblées, les rapports publics, les baromètres, études et sondages seront également surveillées et traitées. ». Le champ d'étude est donc vaste et la finalité est de permettre « un suivi précis de l'évolution de l'opinion internaute et des arguments émergents relayés et commentés sur ce canal ». 

Chasse à l'Homme

 D'autres blogueurs parlent de « nouvelle chasse à l'Homme du gouvernement » . Le site rue89 affirme que le « Le ministère veut renforcer la surveillance de ses fonctionnaires trop critiques » en soulignant que le ministre de l'Education est déjà décrié pour « ses saillies sur les couches à la maternelle et ses 11 900 suppressions de postes ». Et le site rappelle l'objet de l'appel d'offres: « Le dispositif de veille en question vise, en particulier sur Internet, à identifier les thèmes stratégiques (...), identifier et analyser les sources stratégiques ou structurant l'opinion, repérer les leaders d'opinion, (...) et analyser leur potentiel d'influence et leur capacité à se constituer en réseau, (...) repérer les informations signifiantes, suivre les informations signifiantes dans le temps, relever des indicateurs quantitatifs (volume des contributions, nombre de commentaires, audience, etc.), rapprocher ces informations et les interpréter, anticiper et évaluer les risques de contagion et de crise, alerter et préconiser en conséquence ». Il s'agit donc d'un outil de gestion politique des citoyens car, précise encore l'annonce, « les informations signifiantes pertinentes sont celles qui préfigurent un débat, un « risque opinion » potentiel, une crise ou tout temps fort à venir dans lesquels les ministères se trouveraient impliqués. »  
Base élève premier degré

Pour Rue89 cet appel d'offres s'inscrit dans le prolongement du fichage des élèves sur « le traitement automatisé de données à caractère personnel relatif au pilotage et à la gestion des élèves de l'enseignement du premier degré » (pour reprendre l'intitulé de l'arrêté du 28 octobre 2008, plus connu sous le nom de « Base élèves premier degré »). Il s'agit des données fournies par les parents sur leurs enfants en début de scolarité, mais qui seront désormais centralisées par les pouvoirs publics. Les données ne seront conservées qu'une année, et « aucune donnée relative à la nationalité et l'origine raciale ou ethnique des élèves et de leurs parents ou responsables légaux ne peut être enregistréeReste que cet appel d'offres ne pouvait pas plus mal tomber. Alors que les pouvoirs publics avaient plus ou moins bien réussi à se dépatouiller du fichier Edvige, voilà l'opinion publique française de nouveau échaudée par ce qu'elle perçoit comme étant un fichage systématique, voire nominatif, des citoyens-électeurs.   

Olivier Jacoulet

Sources : www.spintank.fr; Ouest-France ; légifrance.gouv.fr ; www.rue89.com; www.i-e.fr; Le Point ; courriels, CCP n°2008/27.

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