Dans le New Yorker de cette semaine, Jon Lee Anderson, journaliste, grand reporter (Irak, Afghanistan, Angola, Liban) et écrivain, explique les raisons pour lesquelles il convient de prendre « avec des pincettes » les informations en provenance de Libye. Il y en a cinq selon lui.
Premièrement, se méfier des apparences. Les rumeurs sont légion, écrit-il, et l’arrestation puis la libération de Saif al-Islam, l’un des fils de Kadhafi, en est l’illustration. Quant au colonel, on le dit ici, puis là (aujourd’hui, il serait à Syrte). Bref, la fin du régime Kadhafi, annoncé par exemple dans l’édition de mardi de la version électronique du Monde mérite un post-scriptum (voir capture d’écran ci-dessous).
Deuxièmement, Kadhafi « est un renard du désert ». Au cours de ses 42 ans au pouvoir, il fut tour à tour libérateur d’obédience socialiste, dernier des bédouins, voire même « roi flamboyant ». Pour de nombreux observateurs le colonel est à la fois « un savant et un bouffon ». Il s’est enrichi grâce au pétrole et à « sa bande de séides ». Pour Jon Lee Anderson, Kadhafi est surtout un homme rusé qui n’hésite pas à se servir de tous les moyens pour parvenir à ses fins : corruption, cooptation, trahison. N’a-t-il pas annoncé à la veille des opérations de l’OTAN qu’il était prêt à cesser unilatéralement les hostilités? Et dans le même temps, il ordonnait le déploiement de ses tanks sur Benghazi.
Des insurgés désorganisés
C’est ici, troisièmement que selon Jon Lee Anderson, Kadhafi se révèle tacticien. Il sème la confusion. Sur le plan militaire, il semble avoir réussi à attirer un temps les rebelles dans Tripoli (« c’est trop facile », disait même l’un d’entre eux le 22 août, en entrant dans la capitale) avant de contre-attaquer. Et dans cette confusion, il est difficile pour les appareils de l’OTAN d’être efficaces.
Quatrièmement, le dirigeant libyen agit dans le « chaos traditionnel qui domine la vie en Libye ». C’est, écrit Anderson, une attitude typique des combattants bédouins.
Enfin, cinquièmement : l’impréparation et la désorganisation des insurgés profitent au régime libyen, selon le journaliste du New Yorker. Ce dernier conclut en écrivant que « depuis 40 ans, Kadhafi a façonné le paysage humain de la Libye ».
Olivier Jacoulet
Sources : New Yorker ; Le Monde (daté du 23 août 2011) ; BBC, Le Parisien, agences