En revanche la chape de plomb chinoise qui pèse sur la liberté d'expression, les emprisonnements, l'interdiction des manifestions et autres formes de contestation, perdure. A maints égards, ces jeux laissent un goût amer. Sportivement d'abord. Les JO devraient célébrer ce qu'il y a de meilleurs en l'athlète et l'universalité du sport. Réunis autour d'une même passion qui transcendent frontières et nationalismes, les sportifs succombent souvent à un patriotisme de mauvais aloi. Et que dire des médias ? Ils semblent attiser les pires instincts revanchards des spectateurs et véhiculent ce qui dans l'histoire du vingtième siècle fut à l'origine de bien des conflits : l'ethnocentrisme, c'est-à-dire la vision d'un monde centré autour de son propre pays. France 2 n'a pas échappé à la règle, tout comme de nombreux médias étrangers. Ce monde globalisant tente de résister en atomisant son regard, conformément au principe action-réaction.Politiquement ensuite. Prétendre que les JO n'ont rien à voir avec la politique, c'est se voiler la face. Le sport en général, et les JO en particulier, concernent la politique dans son acception la plus large : la gestion des acteurs de la cité, dont les sportifs (d'ailleurs certains d'entre eux prirent position, avant les jeux, sur la question du Tibet). Et, justement malgré quelques tentatives vites réprimées, le Tibet est passé à la trappe pendant les jeux, et, partant, les droits humains. Le CIO a cet égard a fait l'objet de nombreuses critiques, en raison de sa frilosité à dénoncer des abus, pour lesquels les autorités chinoises avaient promis de faire des efforts lorsqu'elles concourraient pour l'obtention des JO. Pékin a continué à manier l'appareil répressif, arguant que les changements sont progressifs. S'il y a bien des droits rapides à mettre en oeuvre, ce sont les droits civils et politiques. Mais les kleptocrates devraient alors en subir les pertes financières. La presse, relayé par « Aujourd'hui en Chine », agence « indépendante » chinoise, fait ses choux gras en annonçant que le comité pékinois qui avait condamné deux septuagénaires à de la rééducation par le travail parce qu'elles voulaient manifester, est revenu sur sa décision (Wu Dianyuan, 79 ans et Wang Xiuying, 77, avaient été condamnées à un an de rééducation par le travail pour avoir demandé la permission de manifester dans l'une des trois zones autorisées. Elles voulaient protester après avoir été expulsées sans dédommagement en 2001).
Le CIO en accusation
Pour Amnesty International « les autorités chinoises ont privilégié les apparences et négliger les valeurs olympiques en continuant de persécuter et punir les militants et les journalistes pendant les Jeux ». L'organisation reproche au Comité international olympique (CIO) d'avoir terni l'héritage qu'auraient pu avoir les JO en matière de droits humains en fermant les yeux sur les violations. L'organisation de défense des droits humains dresse le tableau des violations perpétrées pendant la trêve olympique par les autorités chinoises : incarcération et condamnation, y compris à des peines de « rééducation par le travail », de militants pour avoir demandé à plusieurs reprises l'autorisation de manifester dans les zones prévues à cet effet ; emprisonnement ou arrestation arbitraire de journalistes et de défenseurs des droits humains chinois ayant voulu donner des informations sur les violations dans leur pays ; refus d'autoriser des auteurs de pétitions et des militants à manifester pacifiquement dans les zones prévues pour les manifestations par le gouvernement. « Il est grand temps que le CIO mette en pratique ses valeurs essentielles de «dignité humaine» et ses principes éthiques fondamentaux et universels en plaçant les droits humains au cœur des Jeux olympiques», conclut l'Ong.
Pendant les épreuves, une dizaine de journalistes étrangers ont été agressés ou malmenés par des policiers chinois. Pourtant, des consignes avaient été adressés aux commissariats de police. Reporters sans frontières a obtenu trois documents officiels dont un, daté du 25 juillet 2008, comprend « Quatre directives relatives à l'encadrement des journalistes étrangers ». Ce texte demandait aux forces de sécurité « de ne pas couvrir l'objectif des reporters-photographes, de ne pas endommager leur équipement, de ne pas confisquer leur carte mémoire et de ne pas enquêter sur les affaires mineures les concernant ». Ces directives officielles demandaient en revanche clairement d'enquêter sur les Chinois qui témoigneraient de leur sort auprès des médias étrangers. Mais en dépit de ces directives, RSF a recensé plusieurs cas de violence à l'égard des journalistes étrangers.
La flamme olympique s'est éteinte. La chape de plomb s'est rabattue sur le creuset chinois. Oublié le Tibet. Oubliés les dissidents et leur famille. Les regards se tournent vers Vancouver et Londres. Les apparences sont sauves. La terre tourne. Un jour, la roue aussi tournera.