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Que d'mots, que d'mots... mais pas d'eau (janvier 2007)

 Du beau monde à Marseille fin novembre 2006 pour une nouvelle conférence sur


la gestion de l'eau et beaucoup de lenteur dans l'action - Photo O. Jacoulet - DR.


      «1,5 milliard de personnes n'ont pas accès à l'eau potable et 2,6 milliards de personnes n'ont pas accès à l'assainissement ». Chaque jour, ce sont environ 35 000 personnes qui meurent du manque d'eau potable, accentué par «la pollution des fleuves et des nappes phréatiques croissante, même dans les pays développés». Voici ce que déclarait en novembre dernier à Marseille, à l'occasion d'une nouvelle conférence sur la gestion de l'eau, la Fondation France Libertés, reprenant les remarques de Miloon Kothari, rapporteur spécial des Nations Unies sur le Logement adéquat de la Commission des Nations Unies pour les droits humains. Que ce soit Davos la libérale ou le Forum social mondial de Nairobi, les rencontres internationales sont pavées de bonnes intentions. La prise de conscience est indéniable, mais les actes tardent. On peut privilégier trois axes : juridique, financier et public.
            L'eau ne peut être considérée comme appartenant à un groupe (entreprise, état, communauté). L'eau est un bien commun. D'ailleurs, dans son Rapport 2006 sur le développement humain, le PNUD (Programme des Nations Unies pour le développement) recommande d'inscrire l'accès à l'eau dans les droits de l'Homme, de consacrer 1 % du PIB à l'eau et à l'assainissement et enfin de doubler l'aide internationale.
Pour envisager une gestion globale de l'eau, certains préconisent d'en passer par l'ONU. Pour David Boys du Conseil consultatif auprès du secrétaire général des Nations Unies pour l'eau et l'assainissement, en dépit de ses lenteurs internes, l'ONU représente la meilleure garantie car, dit-il, elle est «responsable, crédible, légitime, globale, en relation avec les gouvernements et capable de développer une approche systémique d'un problème». Selon Sylvie Paquerot, présidente de l'ACME-Québec (Association pour le Contrat mondial de l'eau), il faut « ouvrir le débat politique de l'eau sur le plan international car il n'existe pas de politique de l'eau au plan mondial ». Cette absence de statut est nuisible à la gestion de l'eau qui, par essence, « ne peut pas avoir le même statut que celui de la noix de coco ». Si on fait appel à l'ONU c'est pour élaborer un instrument international en vue d'assurer une gestion équitable, supranationale de l'eau. Les textes existants sont lacunaires sur la question de l'eau. Le PIRDESC (Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels) se contente de mentionner dans ses articles 1, 2, 11 et 25 les «ressources naturelles» des états. Dans ses Observations générales 4 et 14, le Comité des droits économiques, sociaux et culturels parle en termes généraux de «l'eau potable», «l'eau salubre » et «d'installation d'assainissement appropriées». En revanche, Les Observations générales N° 15 du Comité, intitulées «Le droit à l'eau», de  novembre 2002 abordent plus spécifiquement la question. Il y est notamment énoncé catégoriquement: «Le droit à l'eau est indispensable pour mener une vie digne. Il est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l'homme... L'eau devrait être considérée comme un bien social et culturel et non essentiellement comme un bien économique». Pour Maude Barlow, auteure de « The Blue Gold:the Fight to Stop the Corporate Theft of World's Water » (L'or bleu – le combat pour lutter contre la mainmise des entreprises sur les ressources mondiales en eau), il faut une Convention des Nations Unies pour régler cette question. Elle ne désespère pas y arriver car « des gouvernements sont sensibilisés au sujet », mais pour l'instant seuls la Norvège et la Bolivie ont apporté leur soutien à ce projet.

200 milliards d'euros sur 20 ans



Pour sa part, Miloon Kothari, explique: «L'accès à l'eau potable est l'un des buts clés des Objectifs de développement du Millénaire à réaliser d'ici 2015 et est directement lié à la réalisation d'autres Objectifs de développement liés à la pauvreté, à l'alimentation, à la santé et au logement. L'assainissement a historiquement bénéficié de peu d'attention». Nuançons : Jean Margat, hydrogéologue français et ancien consultant de la Banque mondiale, de l'Unesco et des Nations Unies déclare qu'il faudrait un investissement mondial de l'ordre de 200 millions d'euros annuel sur une période de 20 ans pour assurer l'accès de la planète à l'eau potable. Dans l'Angleterre de la deuxième moitié du XIXème siècle, ce sont des investissements publics massifs qui ont permis d'améliorer l'assainissement et ainsi éviter le choléra et autres maladies mortelles.
Les efforts de pression, les campagnes de sensibilisation se multiplient : le public est informé. Mais peut-être qu'il faudrait diriger ces actions envers les décideurs comme l'Organisation mondiale du commerce. «Surtout pas», s'insurge Sylvie Paquerot, car « l'eau doit sortir de la logique commerciale et réintégrer celle de la déclaration universelle des droits de l'Homme, à savoir que les êtres humains doivent avoir accès aux ressources de base ». Nombreux sont ceux (Maud Barlowe en tête) qui milite pour un service public de l'eau car seule la sphère publique peut être responsable de la gestion de l'eau.
La question d'une gestion globale de l'eau (internationale voire supranationale) pose un autre problème. Par tradition, les Etats défendent leur souveraineté hydraulique. Au Proche-Orient, c'est la question de l'eau qui domine les relations entre les pays arabes et Israël. Boutros-Boutros Ghali, alors ministre égyptien des Affaires étrangères déclarait en 1987: "la prochaine guerre dans notre région concernera l'eau. Pas la politique". Ses propos faisaient échos à ceux d'Alexandre de Maranches, ancien chef des services renseignements français, qui, il y a quelques années, confirmait que l'eau deviendrait une source majeure de conflit au 21ème siècle. Pour sa part, Golda Meir, premier ministre israélien déclarait en 1967, au lendemain de la destruction par Israël d'un barrage syrien du Golan : "Les pays qui tentent de détourner le Jourdain ne jouent pas seulement avec l'eau mais avec le feu". Toutes les relations entre Israël et ses voisins sont sous-tendues par cette question hydro politique. En 1919, le président de l'organisation sioniste mondiale demandait au premier ministre britannique que les frontières de la Palestine soient déterminées en fonction de considérations hydrographiques. Plus de 75 ans plus tard, le compromis de Taba entre Israël et l'Organisation de Libération de la Palestine, assura à Israël le contrôle temporaire en eau et en électricité de la Cisjordanie. Aujourd'hui, les conflits sont de plus en plus urbains et frappent de plus en plus les civils. Les installations d'eau deviennent des cibles en violation souvent avec le Protocole additionnel aux Conventions de Genève de 1949, premier document moderne interdisant la destruction, entre autres, des réseaux d'eau potable. Les dégâts aux installations en eau provoquent l'arrêt du traitement des eaux, des risques de contamination et de maladies (diarrhées, dysenteries, hépatites, choléra) pour les populations civiles. La destruction des installations électriques entraîne la réduction voire l'arrêt de la distribution d'eau potable. En outre, le prix de l'eau augmente, la pression n'est plus suffisante. Les civils sont contraints de sortir de chez eux et d'aller chercher de l'eau dans des camions-citernes s'exposant ainsi aux bombardements et aux tireurs embusqués.
Olivier Jacoulet
Janvier 2007

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