Et si les riches de ce monde qui se retrouvent à Evian du 1er au 3 juin se mettaient sérieusement à penser à l'être humain ? Chiche ! Le défi est énorme car le raout du G8 va surtout être l'occasion de parler gros sous.
De nombreux ONG, dont Amnesty International, vont tenter de rappeler aux États qu'ils « doivent rendre des comptes par rapport à leurs engagements pris l'an dernier lors du sommet du G8 au Canada ». Les 8 pays les plus riches du monde avaient en effet promis d'appuyer les efforts de l'Afrique et des Nations Unies en vue de mieux réglementer les activités des courtiers et des trafiquants d'armes et à éliminer les trafics prohibés d'armes vers l'Afrique et sur le continent. La belle affaire ! Les bénéfices du commerce des armes continuent de se faire sur le dos des droits humains et dans le sang.Le commerce de la terreur tue chaque année des dizaines de milliers de personnes dans tous les pays du monde. La douleur d'une mère dont le fils vient d'être abattu est la même que l'on soit à Jakarta, Duban, Marseille, Washington ou Caracas. Les droits humains, ceux de la victime, sont universels et indivisibles. Ceux qui affirment le contraire au nom de valeurs culturelles le font uniquement pour satisfaire avant tout leurs intérêts mercantiles. Oui à la mondialisation : celle des droits de l'individu.De plus, même si ces derniers mois, les autorités françaises ont fait assaut d'amabilité à l'égard des critiques de la mondialisation, la transparence et l'ouverture seront sacrifiées sur l'autel de la sécurité avec une Haute Savoie en état de siège. Et le « dialogue soutenu » avec la société civile dont l'Élysée appel de ses vœux pourrait bien passer à la trappe. Le Premier ministre français Jean-Pierre Raffarin a promis de tout faire pour assurer la liberté d'expression de chacun: « nous ne voulons pas que les choses se passent comme elles se sont passées à Gênes, nous ne voulons pas donner le sentiment qu'une partie du monde discute entre eux des difficultés qui sont les leurs, et qu'une autre partie du monde, les ONG avec l'ensemble des peuples soit mise de côté ». Le ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, a renchéri: « chacun doit pouvoir s'exprimer sans violence ». Francis Perrin, le président de la section française d'Amnesty International reste prudent: « il faudra vérifier le moment venu sur le terrain que les choses se passent bien ». Les alter mondialistes ne sont pas tous contre la mondialisation. Le sommet pour un autre monde qui va se ternir en marge du G8 rappellera quelques vérités assénés régulièrement cette année aux forums de Davos et de Porto Allegre. Si l'on veut bâtir une société juste, un monde plus équitable, une planète basées sur les notions de justice et de droits humains et pas seulement sur le seul intérêt des États et des entreprises, il faut entendre les voix de la société civile et des ONG. Comme l'a rappelé Irene Khan, secrétaire générale d'Amnesty International: « nous voulons des actions tangibles, pas des mots vides de sens; des progrès pas des déclarations; des actes pas des promesses ».
Olivier Jacoulet
Avril 2003