«L'Angleterre et l'Amérique sont deux pays différents séparés par une même langue», a dit George Bernard Shaw. Cette phrase si distinguée, avec son humour pincé et froid, cette vérité paradoxale : c'est cela qui constitue le Britannique, la « perfide Albion », les sujets de Sa Majesté, bref tous les appellations clichées qui caractérisent ce peuple qui habite de l'autre côté de La Manche.
Il faut lire Shakespeare, Shaw, le Leviathan, mais aussi connaître l'humour de Monthy Python's Flying Circus (la version télévisée pas les films), apprécier la langue telle une bière brune pour se pénétrer de l'idée britannique. Et lorsqu'un Anglais vous dit «Oh, that's interesting!» : cela signifie que c'est ennuyeux mais qu'il vous félicite pour l'effort accompli.
On trouvera donc, classés par date de parution, une série d'articles parus dans France Soir entre le 29 décembre 1998 et le 14 juin 1999.
On retrouvera quelques thèmes « universels » favoris des Grands Bretons : Diana, (sa mort, son business, les relations Al-Fayed avec la Couronne), la famille royale (Charles, Camilla, la Reine), les homosexuels, l'Europe (l'Union, l'euro), Tony Blair, Pinochet, le droit des animaux etc.
Bonne lecture (How interesting !)
14/06/1999- Européennes (1)
Le grand vainqueur des élections européennes en Grande-Bretagne, c'est l'apathie. Ni un début de représentation proportionnelle, ni une campagne dominée, une fois de plus, par les débats autour de la monnaie unique, n'ont réussi à capturer l'imagination des électeurs.
Résultats: hier soir les premières estimations parlaient d'un taux record d'abstention, moins de 25 pour cent des électeurs ayant daigné se déplacer jeudi dernier, jour du scrutin en Grande-Bretagne. Le précédent record datait d'il y a tout juste 20 ans avec 32,7% d'électeurs pour les européennes de 1979. On notera la gifle personnelle pour le Premier ministre, Tony Blair puisque dans sa circonscription de Sedgefield, le taux de participation serait à peine supérieur à 20%.
Le parti au pouvoir essuierait un sérieux revers en perdant une vingtaine de sièges sur les 60 députés au Parlement européen. Les conservateurs seraient les seuls à tirer leur épingle du jeu puisque le nombre de leurs représentants à Strasbourg pourrait passer de 15 à 30. Quant aux libéraux démocrates, leurs trois sièges pourraient croître et multiplier pour passer à 8.
Tony Blair avait prévenu qu'il s'attendait à un score médiocre, à tel point qu'il avait qualifié le nouveau mode d'acte de générosité pour les adversaires des travaillistes. Mais la morosité de la campagne électorale britannique n'explique pas tout. Certains soulignent que la guerre au Kosovo à accaparer l'attention des politiciens, du public et des médias. D'autres rappellent le sondage d'octobre 1998 qui indiquait que plus de la moitié des 370 millions d'Européens ignoraient qu'il existe un parlement.
Européennes (2)
L'électeur britannique est pragmatique: il vote s'il estime que cela en vaut la chandelle: ainsi parle Tony King, professeur spécialiste des élections européennes pour expliquer les 23% d'abstention, taux record, aux Européennes en Grande-Bretagne.
Un véritable camouflet à l'establishment politique, accusé d'avoir mener une campagne insipide. Margaret Beckett qui a dirigé la campagne des travaillistes se défendait hier soir en expliquant que la guerre au Kosovo a requis toute l'attention des médias, mais nous avons mené campagne. En tout cas, le fort taux d'abstention aura profité aux conservateurs car les électeurs des campagnes, qui en règle générale soutiennent les tories, se sont déplacés plus nombreux que leurs homologues des villes, traditionnellement plus à gauche.
La répartition définitive des sièges sera connue dans la journée mais cette nuit, la tendance se dégageait: des travaillistes en perte de vitesse devant des conservateurs requinqués par une campagne agressive rythmé par le slogan: Oui à l'Europe, non au diktat de Strasbourg. Si l'on en croit les projections de la BBC, le Labour obtiendrait 31 sièges (62 en 1994); les Tories doubleraient pratiquement la mise, passant de 18 à 35 députés. La véritable surprise viendrait des Libéraux démocrates, qui de 2 passeraient à 14 au parlement de Strasbourg.
En réalité, le grand vainqueur des élections, c'est donc l'apathie. Pour lutter contre le désintérêt croissant des Britanniques, plusieurs électeurs proposent des solutions originales: organiser le scrutin le dimanche et non le jeudi comme c'est le cas à l'heure actuelle, installer des isoloirs dans les supermarchés ou encore voter par Internet.
11/08/1999. Pinochet Il s'appelle Lucas. Il est né aux Etats-Unis le 20 mai dernier. Il a les
cheveux noirs. Sa mère s'appelle Luciana Morad, modèle brésilien. Son père '
C'est Mick Jagger, le chanteur du groupe britannique Rolling Stones.
C'est en tout cas ce qu'affirme le quotidien britannique Sun qui souligne
que les tests génétiques confirment le lien de parenté entre Lucas et le
chanteur des Rolling Stones, à la carrière amoureuse tout aussi riche et
mouvementée que celle de son groupe. Ses avocats l'ont averti lundi de la
nouvelle et depuis la star ne dit mot.
Mick Jagger a déjà six enfants, dont 4 de Jerry Hall, ex-modèle rencontrée
alors qu'il était toujours marié avec Bianca Jagger, et deux petits enfants. Vie
amoureuse compliquée donc: Mick Jagger a beau apprécier les modèles, il n'en est
pas forcément un.
Bien qu'ayant toujours démenti que l'enfant fut le sien, Mick Jagger, 56
ans, a reconnu une liaison avec le modèle brésilien, âgé de 29 ans, au Brésil,
en mars 1998. A l'issu d'un concert des Stones, ils se sont retrouvés à une
"party" organisée par un banquier de Rio de Janeiro. "Tous les deux ont disparu
dans une partie cachée du jardin. Quand Mick a réapparu, il a simplement dit
qu'il venait de méditer", déclarait à l'époque un invité à un journal américain.
Cette liaison fut d'ailleurs à l'origine de la demande de divorce engagée par
Jerry Hall.
En dépit de plusieurs tentatives de réconciliation récentes lorsque Jerry
et Mick ont été vus à plusieurs galas ensemble, en dépit de leurs visites
régulières à un conseiller conjugal, l'annulation de leur mariage hindou sur
l'île de Bali en 1990, a été prononcée le 9 juillet, en une dizaine de minutes,
mettant ainsi fin à près de 22 années d'une relation qualifiée de "tumultueuse".
Les détails de l'arrangement financier demeurent secrets mais si l'on en
croit certains journaux, Jerry Hall aurait accepté entre 100 et 150 millions de
francs de dédommagement. Une misère pour le chanteur dont la fortune est estimée
a 1 milliard et demi de francs.
"J'aime toujours Mick", avait récemment déclaré Jerry Hall. C'est mon
meilleur ami. Il affirme que je suis sa meilleure amie". Et d'ajouter: "Mick est
un génie, mais vous savez, il est très difficile de vivre avec les génies". Dans
une interview au magazine américain Harper, elle détaillait ses projets
d'avenir: "je veux retrouver un compagnon pour faire des câlins". La rumeur veut
qu'elle ait trouvé une épaule accueillante, celle de Guy Dellal, un magnat
britannique, âgé de 41 ans qui, comme Mick Jagger, dut affronter il y a quelques
années, la foudre de la justice de son pays pour quelques affaires de drogue.
16/04/1999. Pinochet
"La machine judiciaire est enfin lancée": c'est le sentiment qui animent
les opposants au général Augusto Pinochet après la décision hier matin du
ministre britannique de l'Intérieur; Jack Straw, de poursuivre la procédure
d'extradition à l'encontre de l'ancien dirigeant chilien. Les dés du droit
international sont donc jetés car pour beaucoup la décision du ministre
constitue un progrès irréversible du principe de responsabilité universelle pour
la protection des droits humains.
Dans sa déclaration de 7 pages, le ministre écrit "qu'avant de prendre sa
décision, il a examiné notamment les intérêts de la Grande-Bretagne, l'âge du
général et sa santé. Mais, le Sénateur Pinochet ne bénéficie pas de l'impunité
pour les crimes de torture et de conspiration de torture". Il devra donc
répondre de ces crimes commis durant les deux dernières années de son régime, à
partir du 8 décembre 1988, date à laquelle Londres a ratifié la Convention
contre la torture.
Les partisans du général clament haut et fort que la Grande Bretagne est
partiale dans son jugement et brandissent la menace d'une déstabilisation
politique au Chili. Pour eux, le général Pinochet aurait dû être jugé dans son
pays. Un porte parole du général ajoute que les 42 charges retenues ne peuvent
justifier l'extradition. "Un seul cas de torture est un cas de trop", rétorque
Pierre Sané, le secrétaire-général d'Amnesty International qui ajoute: "cela
constitue un crime pour lequel le général Pinochet doit être jugé".
La procédure judiciaire est loin d'être terminée. Tout d'abord, c'est à la
justice britannique de se prononcer désormais sur la validité des preuves
apportées par le juge espagnol Baltasar Garzon. Ensuite, il est clair que les
avocats du général, en résidence surveillée depuis plusieurs mois dans une
cossue propriété du sud-ouest de Londres, vont interjeter appel à chaque étape
de la procédure. Enfin, Jack Straw a toujours la possibilité d'invoquer des
raisons humanitaires pour empêcher l'extradition d'Augusto Pinochet.
Mais un principe est acquis: aucun dictateur ne pourra désormais invoquer
l'immunité due à son statut et échapper à la justice dans le cas de violations
des droits de l'Homme. Depuis hier, les familles des Chiliens, assassinés,
disparus, torturés, violés durant la dictature militaire ont franchi une étape
supplémentaire pour obtenir justice.
09/03/1999. Camilla Parker-Bowles
Le 19 juin prochain tout le gotha sera rassemblé dans la chapelle
Saint-George du château de Windsor pour célébrer le mariage du Prince Edward et
de la roturière Sophie Rys-Jones. Tout le gotha ,sauf Camilla Parker-Bowles, la
maîtresse du Prince Charles, qui n'a pas été invitée. Edward a tout simplement
rayé son nom de la liste des convives pour ne pas encourir la colère de sa mère,
la reine Elizabeth,qui en cavalière émérite, est plutôt à cheval sur
l'étiquette.
Pour Buckingham Palace, il n'est pas question d'associer officiellement une
divorcée à un divorcé, qui plus est, futur héritier du trône. Et ce en dépit
d'une campagne de relations publiques soigneusement orchestrée depuis la
disparition de Diana pour faire accepter par le public la liaison qu'entretient
le fils aîné de la reine avec Camilla Parker-Bowles depuis 25 ans. Ainsi fin
janvier, une fuite savamment distillée avait provoqué la ruée de dizaines de
paparazzi devant le Ritz de Londres où Charles et Camilla se trouvaient pour une
soirée. La photo du couple sortant presque bras dessus bras dessous avait fait
le tour du monde.
Mais la Reine n'en a cure. Elle n'a jamais accepté la liaison illégitime de
son fils avec Mme Bowles. Dans ce contexte, une rencontre entre les deux femmes
lors du mariage eut été impensable et aurait contribué à intégrer un peu plus
Camilla au sein de la famille royale. Sans parler de la folie médiatique qu'une
telle entrevue aurait provoquée.
Un sondage récent indiquait que trois quarts des Britanniques étaient
opposés à l'officialisation de la liaison entre Charles et Camilla, en dépit du
soutien apporté au couple par l'archevêque de York. Fin janvier, ce dernier
avait en effet exhorté l'église anglicane a entériné la relation.
Le Prince serait chagriné par la décision de son frère. Il pourra toujours
se consoler auprès du président argentin Carlos Menem à qui il va rendre une
visite officielle cette semaine pour sceller la politique de rapprochement entre
les deux pays 17 ans après la guerre des Malouines.
02/03/1999- Pirates informatiques
Des pirates informatiques contrôleraient-ils l'un des 5 satellites de
communication militaire britannique ' L'information publié dimanche en première
page de l'hebdomadaire Sunday Business' n'est confirmée par personne, ni par
les médias, ni par les spécialistes, ni par le gouvernement.
Selon le journal, au début du mois de février plusieurs hackers' se
seraient introduits dans le système informatique de la base de la Royal Air
Force à Oakhanger dans le sud de l'Angleterre. C'est de cette base que sont
dirigées les opérations de l'armée dans le monde entier, y compris dans
l'ex-Yougoslavie et en Irak. Les pirates auraient réussi à modifier à plusieurs
reprises la trajectoire d'un satellites et demanderaient au gouvernement une
rançon pour cesser leur action. La première interférence serait survenue un peu
avant le 13 février.
C'est tout ce que l'on sait pour l'instant, le journal refusant de publier
d'autres informations pour empêcher de nuire à l'enquête en cours'. Aucun média
n'a repris l'information en raison de l'absence d'informations et de
commentaires officiels.
Une porte parole de Scotland Yard semble confirmer une mystérieuse affaire
de maître chanteurs en déclarant: L'investigation en cours est à un stade trop
sensible pour que nous puissions révéler quoique ce soit'. Du côté du ministère
de la Défense on se contente d'un no comment'. Enfin, un spécialiste de la
revue Jane's Defence, généralement bien informée sur les questions militaires,
affirme ne rien savoir de cette affaire.
Vendredi, à Kourou en Guyane Française, la fusée Ariane a mis en orbite
deux satellites dont Skynet 4E, un satellite de communications stratégique et
tactique de l'armée britannique qui sera opérationnel jusqu'en 2006.
17/02/1999 Parieurs
Pas nette la planète du football anglais! Pas nette depuis l'arrestation le
11 février de 3 hommes soupçonnés d'avoir saboté les projecteurs du club de
Charlton Atletic dans le sud-est de Londres et ce à trois jours d'un match
contre Liverpool. Les trois hommes d'origine asiatiques sont soupçonnés de faire
partie d'un réseau de paris ripoux opérant en Extrême-Orient. Ils sont en garde
à vue jusqu'à vendredi accusés "d'avoir voulu déterminer le résultat du match".
Scotland Yard a remarqué depuis environ un an et demi, un étrange
phénomène. Au moins trois rencontres nocturnes ont dû être annulées en raison de
pannes inexpliquées de projecteurs. D'où l'hypothèse selon laquelle les matches
sont délibérément sabotés au profit de parieurs en Asie, très amateurs des
rencontres anglaises régulièrement retransmises en direct dans leurs pays. C'est
le 13 août 1997 que les premiers soupçons sont apparus avec l'abandon du match
entre Derby et Wimbledon sur le score de 2 à 1. La raison: une panne incongrue
de projecteurs...
Le président de la Football Association recommande aux clubs de première
division de vérifier tous leurs câblages électriques. Lui et la police
britanniques affirment cependant qu'il est encore trop tôt pour lier ces pannes
inexpliqués à des bookmakers véreux d'Asie. En Grande-Bretagne, les grandes
maisons de paris comme William Hill affirme "n'avoir rien remarqué de suspect au
cours des derniers mois". Mais les spécialistes rappellent que les matches
truquées sont monnaie courante en Asie et certains n'hésitent pas à affirmer que
les bookmakers clandestins asiatiques ont désormais pris pour cibles le football
anglais. Ainsi, en Malaisie par exemple, il fut un temps où 90% des matches
étaient joués d'avance. Les joueurs sont achetés pour mal jouer et faire ainsi
perdre des sommes colossales qui vont directement dans les poches de ces
"syndicates".
En effet, ceux-ci paient les parieurs en fonction du score au moment où le
match est abandonné. D'où les suspicions de la police britannique lorsqu'elle
découvre des systèmes souvent sophistiqués en vue de mettre en panne les
projecteurs des stades. Elle risque d'avoir du pain sur la planche pour faire
toute la lumière sur cette obscure affaire.
26/01/1999. Mariage
Expérience sociale grandeur nature ou simple coup de publicité ? Les avis sont partagés sur le dernier concours à la mode diffusé par la station de radio locale BRMB qui émet sur Birmingham, dans le centre de l'Angleterre, et sa région. Deux étrangers et un mariage' est le titre d'une compétition d'un genre bien particulier: il s'agit de sélectionner un homme et une femme qui ne se connaissent ni d'Eve ni d'Adam et de les marier.
Quelque 200 candidats, âgés d'une vingtaine d'années, avaient pris part aux tests de sélection basés sur une série de questions d'intérêt général. Pour affiner leur profil, ils durent également se prononcer sur des critères tels que le racisme, la religion, la tolérance et, bien sûr, la sexualité. A l'issue de ces tests, deux candidats ont été choisis pour ce mariage à l'aveuglette.
Les heureux' élus s'appellent: Carla Germaine, mannequin de 23 ans et Greg Cordell, directeur commercial âgé de 28 ans. Ils ont été sélectionnés par un panel de personnalités dont des psychologues, des spécialistes matrimoniaux et même une astrologue. Hier après-midi, ils se sont mariés: c'était la première fois que les deux tourtereaux se voyaient car ni l'un ni l'autre n'ont été autorisés à recevoir une photographie de leur futur conjoint avant la cérémonie. Leur seul luxe: une conversation téléphonique de quelques minutes.
A la clef de ce mariage arrangé: outre l'espoir de passer le reste de leur vie ensemble, une lune de miel dans les Caraïbes, l'usage gracieux d'une voiture
de sport et d'un appartement pendant un an, à condition qu'ils ne se séparent
pas d'ici là. Sans oublier une excellente campagne de publicité pour cette
station locale indépendante qui vit de ses annonceurs.
Justement, celle-ci est depuis hier l'objet de vives critiques de la part
du monde ecclésiastique, de responsables politiques voire même d'agence
matrimoniales. Tous reprochent à BRMB d'avoir monté une fructueuse opération
publicitaire. Pas du tout', se défend Mike Owen, l'un de ses représentants, ce
que nous essayons de faire, c'est d'arranger un mariage entre deux personnes en
fonction de critères aussi objectifs et aussi scientifiques que possibles'.
Par précaution, la station a demandé aux conjoints de se marier sous le
régime de la séparation des biens, pour le cas où le mariage échouerait. L'an
dernier en Australie, un couple s'était marié dans des circonstances analogues mais, en dépit d'une lune de miel à Paris, et de la coquette somme de 160 000
Francs, Leif Bunyan, 22 ans, et Glenn Emerton, 24 ans, s'étaient séparés au bout de deux mois.
07/01/1999. Edward et Sophie
"Il m'a demandé: "veux-tu m'épouser?" et après quelques secondes d'hésitation, j'ai dis oui, j'ai dis oui s'il te plait": c'est par ces mots que Sophie Rhys-Jones a expliqué hier à la mi-journée comment le prince Edward avait demandé sa main peu avant Noël, tout en lui offrant une bague sertie de diamants.
Le matin même Buckingham Palace avait confirmé l'information publiée quelques heures auparavant par le quotidien populaire The Sun: après 5 années de relation, après de nombreuses rumeurs concernant leurs fiançailles, le plus jeune fils de la reine et celle en qui certains veulent voir une nouvelle Diana vont donc se marier dans quelques mois, sans doute cet été. Il est possible que la cérémonie se déroule dans la chapelle St George à Windsor. Le couple devrait habiter à Bagshot Park au sud-ouest de Londres. Sophie a déjà eu un avant-goût des contraintes royales. Elle occupe depuis plusieurs mois un appartement dans le palais de Buckingham.
Pour la famille royale c'est la première bonne nouvelle de 1999, après des années turbulentes marquées par des divorces, des différents publiques, l'incendie d'une aile du château de Windsor et, bien sûr, la mort à Paris de la Princesse Diana en 1997.
La reine, qui n'a jamais été vraiment en bons termes ni avec Diana ni avec Sarah Ferguson, apprécie les qualités de sa future bru. Les parents de celle-ci se sont déclarés "comblés" par la nouvelle. Le Premier ministre Tony Blair et son épouse Cherrie affirment être "enchantés". L'église anglicane a donné sa bénédiction. Bref tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes tant il est vrai que l'annonce vaut mieux que tous les efforts de relations publiques au monde. La presse se frotte les mains: elle a désormais de quoi se mettre sous la dent. On ne peut que craindre les excès journalistiques de l'époque de Diana.
Edward, 34 ans, ne correspondent pas vraiment aux canons habituels appliqués, voire imposés aux membres de la famille royale. Son célibat lui a valu de nombreuses rumeurs sont une homosexualité qu'il a dû nié publiquement lors d'un voyage aux Etats-Unis en 1990. Trois ans auparavant, il avait abandonné une carrière toute tracée dans les Royal Marines, au grand dam de son père, le prince Philip. Puis, Edward a tenté sa chance dans le showbiz, travaillant dans le théâtre avant de devenir l'assistant du compositeur de comédies musicales, Andrew-Lloyd Weber. Enfin, il a créé sa maison de production qui a réalisé plusieurs documentaires dont un sur son grand-oncle Edward VIII.
Sophie Rhys-Jones.
Nombreux sont ceux qui voient en Sophie Rhys-Jones, 33 ans, une nouvelle Diana. Des cheveux blonds courts, des grands yeux bleus, un sourire modeste. Mais la comparaison s'arrête là. Fille d'une bonne famille, elle n'a pas vécu les tourments, ni les relations orageuses qui faisaient les délices de la presse outre-Manche.
Elle est en tout cas "charmante", dit Elizabeth II. On la décrit comme "ouverte, affable et franche". Son père, un ancien concessionnaire automobile, vend des pneus. On a voulu lui trouver du sang royal, mais rien n'y a fait. Sophie Rhys-Jones est décidemment une roturière. Son père l'a d'ailleurs avoué: "ne nous voilons pas la face,
il y a un monde entre la famille royale et les Rhys-Jones". Elle est née à Oxford et a passé toute sa jeunesse, avec son frère David, dans un village dans le sud de Londres.
Qu'importe, la reine semble conquise. A plusieurs reprises elle l'a invité en compagnie d'Edward dans les diverses villégiatures royales. Sophie a même un
appartement au palais et c'est le palais qui depuis plusieurs mois s'occupe de son agenda.
A 18 ans, elle "monte" à Londres et vit de petits boulots. Un hiver, en Suisse, elle rencontre un moniteur de ski avec qui elle ira vivre un temps en Australie avant de
rejoindre l'Angleterre dans les années 80. Déterminée à faire carrière, elle crée sa propre maison de relations publiques. Elle s'occupe des questions de communication
de deux association humanitaires pour les enfants en bas âge.
Pas mondaine pour deux sous, elle apprécie cependant les endroits à la mode. Régulièrement les rubriques princières des journaux la montrent à des galas de charité, des concerts, ou encore des premières de films. Un peu comme Diana mais avec plus de discrétion. Cela durera-t-il?
06/01/1999. Suicide
Victime de persécution à son école ou bien drame familial? Mary Bentham avait fêté son huitième anniversaire, le lendemain du jour de Noël. Samedi soir, elle s'est suicidée avec sa corde à sauter. Depuis on s'interroge sur les raisons qui l'ont poussée à mettre fin à ses jours chez elle près de Manchester, dans le nord de l'Angleterre, deux jours avant la reprise des cours.
Selon les uns, c'est à la suite d'une dispute avec sa soeur âgée de 5 ans que la fillette s'est tuée. Sa mère, Debbie, lui aurait alors ordonné d'aller se calmer dans sa chambre. Au bout de quelques minutes, elle l'y a retrouvée pendue. Les secouristes n'ont pas pu ranimer Mary.
Il y aurait une autre raison, plus sinistre, pour expliquer le geste de la fillette: à plusieurs reprises elle aurait fait état de persécutions par des élèves de son école primaire à Irlam dans la banlieue de Manchester. Sa mère avait d'ailleurs soulevé le problème à deux reprises, au cours du premier trimestre, avec la direction de l'école. Il semble qu'il existe bien deux gangs de fillettes dans l'établissement qui régulièrement se battent et il est possible que l'un des deux groupes ait une part de responsabilité dans le décès de Mary. La tante affirme que sa nièce "disait qu'elle était persécutée et qu'elle ne voulait pas retourner à l'école".
L'affaire relance le débat sur les persécutions et d'une manière plus générale la violence dont sont victimes de nombreux élèves chaque année dans les
établissements scolaires du royaume. De nombreux écoles, collèges et lycées sont désormais équipés de cameras de surveillance et de plus en plus de collégiens
doivent montrer patte blanche avant de pouvoir pénétrer dans leur établissement.
D'autres accusent le gouvernement de renâcler à débloquer des fonds pour la formation de nouveaux enseignants qui font parfois cruellement défaut.
En attendant les résultats de l'enquête policière, lors d'une cérémonie à l'école, le directeur, John Walsh, a rendu hommage à la fillette en affirmant que "Mary était un élève très appréciée de ses camarades".
04/01/1999 L'Euro.
Si l'on en croit le quotidien populaire The Sun
d'hier, plus de 10 millions de Britanniques sont opposés à l'euro. C'est mathématique: le journal tire à plus de 3.5 millions d'exemplaires, chaque exemplaire est lu par plus
de 4 personnes. Or, 94% de ses lecteurs disent un "no", franc et massif, à la monnaie unique européenne, selon un sondage publié hier matin jour inaugural de l'arrivée de
l'euro, on conclut que celui-ci ne rencontre pas l'assentiment d'un sixième des sujets de sa Majesté. Mais c'est certainement aller un peu vite en besogne.
Tout d'abord le taux élevé d'opposants à l'euro est directement lié à la position du gouvernement travailliste qui a toujours indiqué que Londres rejoindra la zone euro
"lorsque les critères d'adhésion seront favorables". Reste qu'une telle adhésion sera soumise à referendum. Même si pour le Times l'euro est "inutile à l'homme comme à la bête", le Premier ministre Tony Blair a répété qu'en tant que "centre financier de l'Europe et bien que la Grande-Bretagne soit hors de l'euroland, Londres jouera un rôle clef dans le développement de la monnaie unique".
Le Financial Times, le quotidien des milieux d'affaires qui milite en faveur de l'euro, écrivait hier matin que le lancement de l'euro va conduire nécessairement "à
une plus grande intégration politique et peut-être même à une fédération avec d'importants pouvoirs centraux". S'il y a un mot qui fait peur aux Anglais, c'est bien celui de fédération, concept menaçant directement la souveraineté
britannique. "La Grande-Bretagne ne veut pas perdre son identité ou subir des politiques destructrices d'emplois", lui répond The Sun, oubliant les millions de jobs créés ces dernières années par les multinationales installées sur le sol britannique avec la bénédiction des gouvernements successifs.
Un habitué des excursions d'une journée chez les marchands de vins et spiritueux de Calais explique que les Anglais sont "habitués à la livre sterling avec la reine. La
tradition, c'est important".
Mais le monde des affaires semble en désaccord avec cette idée. Les grands magasins, comme Marks & Spencer, tablent en effet sur une entrée de la Grande-Bretagne dans la zone euro. Les petits entrepreneurs sont également favorables à la monnaie unique qui ne pénalisera plus leurs produits lorsque la livre sterling est
forte comme c'est le cas à présent. Et que dire des touristes britanniques qui vont
chaque année par millions sur le continent? Pour eux l'euro, c'est la fin des tracas de la conversion car comme le dit cette jeune femme "les commissions bancaires c'est du
vol".
01/01/1999. Millénaire
Ils sont timbrés ces Anglais! Selon un sondage commandé par la poste britannique, Royal Mail, et publié hier dans les colonnes du Times, les personnalités les plus marquantes de ce siècle, toutes catégories confondues, sont Mère Thérésa et Lady Diana. Pas moins. Pour le quart des 1415 personnes interrogées, Mère Thérésa est la véritable héroïne de ce siècle qui a encore deux ans à vivre. La Princesse de Galles recueille, elle, 17% des voix. Le menu fretin suit poussivement derrière: le pasteur Martin Luther King (11%), le président sud africain Nelson Mandela (9%), Sir Winston Churchill - un temps considéré comme le héros de la Deuxième guerre mondiale - (8%) et Mahatma Gandhi (5%).
Qui a dit que les Anglais aiment leur monarchie? Pas le sondage de la poste en tout cas. La Reine Elizabeth n'est même pas citée. Sa mère, âgée de 98 ans, admirée pour ses actions en faveur des populations civiles pendant le deuxième conflit mondial, ne recueillie que 3% des suffrages, (itou pour Albert Einstein, qui après tout ne fit que découvrir la Théorie de la relativité). Seule la reine Victoria tire son épingle du jeu: les Britanniques la considère comme la souveraine la plus importante de l'histoire du Royaume
Sur le plan politique, une majorité des sujets de sa majesté pense que les plus importantes personnalités de ce siècle furent issues des rangs du Parti conservateur: Churchill retrouve enfin sa place de leader avec 41% de suffrages. Margaret Thatcher elle enregistre un score de 21%.
Enfin, élément rassurant, les Britanniques demeurent toujours aussi excentriques. Le très sérieux Times s'est fendu hier d'un éditorial dithyrambique à propos de l'influence non négligeable du guitariste Jimi Hendrix sur la musique des années soixante.
Enfin, pour les Anglais de 1998, les objets qui symboliseraient le mieux leur société lors des célébrations du millénaire qui commencent dans un an sont les suivants: la Bible, le Sun, le quotidien à sensation tirant à plus de 3 millions d'exemplaires, et une photo de Tony Blair, l'actuel Premier ministre.
29/12/1998 Euroland.
C'est du bord de La Manche que les Britanniques assisteront à la naissance d'Euroland le 1er janvier. Le gouvernement travailliste préfère attendre de voir les effets de la monnaie unique avant de s'engager. Les marchés financiers et les entreprises britanniques sont, eux, plutôt favorables à l'euro avec des nuances toutefois.
L'Institut des Directeurs mène depuis plusieurs années une campagne anti-euro. Il affirme que fixer les taux d'intérêts à Francfort ne tient pas compte des réalités socio-économiques britannique. En outre pour l'Institut, l'euro pourrait signifier notamment une augmentation des taxes patronales.
A la City de Londres, cela fait deux ans qu'on travaille sur l'euro: formation des personnels et préparation des systèmes informatiques. Dès le 4 janvier, la plus importante place boursière d'Europe échangera des obligations en euro, avec la crainte cependant que la monnaie unique entraîne une disparition de la domination financière de la City.
Marks & Spencer est l'un des grands magasins du pays avec des succursales dans 10 des 11 pays de la zone euro. Pour Paul Smith, le directeur du département Euro de l'entreprise c'est l'arrivée des pièces et des billets en euro en 2002 qui constituera le changement le plus notable. Les cartes de crédit des clients seront débitées dans la devise du pays d'achat. Dans notre magasin parisien, précise Paul Smith, les prix seront affichés en francs et en euros mais en Grande Bretagne nous n'afficherons que la devise nationale. A moyen terme cependant, Marks & Spencer table sur une entrée du pays dans l'euroland.
EuroCool est une jeune entreprise qui vend des Filofax électroniques via Internet. Pour Mark Pritchard, l'un des fondateurs, l'arrivée de l'euro devrait permettre à EuroCool de pénétrer plus profondément le marché européen. Mais il y a un hic: aucune banque britannique n'est prête à débiter des cartes de crédit sur des comptes en euros avant l'an 2000. Certes les clients peuvent effectuer leurs achats par chèque ou en liquide, mais la majorité des entreprises qui travaille avec la toile mondiale préfère des paiements par carte de crédit. EuroCool se désespère mais pas ses principaux rivaux.
Décembre 1998. Nobel
La Fondation Nobel prise la main dans le sac. Selon l'hebdomadaire, The Observer, la Fondation finance ses prix par des investissements à hauteur de 500 millions de francs chaque année dans des firmes d'armement américaines et britanniques. Plusieurs de ces firmes fournissent du matériel à des gouvernements accusés de violation des droits de l'Homme. Selon le journal, la Fondation a notamment des parts dans British Aerospace (BA) et dans GKN. Il est de notoriété publique que BA a vendu à l'Indonésie des chasseurs Hawk et GKN,une autre firme, des canons à eau utilisés pour disperser les manifestations de l'opposition.
L'ironie est double. D'une part le Prix Nobel de la Paix 1996 est allé à deux activiste du Timor oriental où l'armée indonésienne a tué plus de 200 000 morts depuis son occupation du pays en 1975. D'autre part, Alfred Nobel, inventeur de l'explosif moderne et racheteur de la firme d'armement suédoise Bofors, avait créé son Prix par testament en 1895 pour tenter d'alléger ses remords et récompenser ceux qui luttent pour le bien-être de l'humanité. Des représentants de la Fondation ont reconnu les faits en insistant qu'il n'y a rien de nouveau dans l'article du journal. Et d'ajouter: il est tout à fait possible d'investir dans de telles firmes et en même temps de travailler pour la paix'.
D'une manière générale, le consommateur britannique commence à se mobiliser pour tenter d'influencer le cours des évènements concernant ses investissements. Et les entreprises sont sensibles aux pressions populaires. Ainsi par exemple, depuis plusieurs années, la Cooperative Bank a axé son travail et ses campagnes de publicité sur la promesse qu'aucun des fonds de ses clients ne sera investi dans des entreprises qui traitent avec des pays épinglés pour leurs violations des droits de l'Homme.
De nombreuses organisations humanitaires exhortent des entreprises comme British Aerospace de cesser de vendre des armes à l'Indonésie, à la Turquie ou d'autres pays connus pour les violer les droits de la personne.
Cependant ces entreprises doivent faire face à deux difficultés: tout d'abord, elles passent par un intermédiaire, à savoir une banque qui investit où elle veut sauf si la firme concernée fait une demande expresse en faveur
d'investissements éthiques'. Par ailleurs, la plupart des manufactures d'armement sont gérées par un Conseil d'administration qui décide de la politique éthique de l'entreprise. Dans le cas de la Fondation Nobel, le Conseil
d'administration n'a pas jugé utile, pour l'instant, de modifier les statuts de l'organisation en faveur d'investissements propres. Aucune directive dordre éthique n'est imposée par le Conseil d'administration de la Fondation Nobel', a
précisé un porte-parole. La question du respect des droits de l'homme et de la responsabilités des entreprises sera d'ailleurs le sujet à l'ordre du jour du sommet économique de Davos au début février..
Décembre 98. Pinochet.
La Chambre des Lords souffle le chaud et le froid. Après sa décision le 25 novembre dernier estimant que le général Pinochet ne pouvait pas bénéficier de l'immunité en raison de son statut d'ancien chef de l'Etat, le comité
d'appel de la plus haute instance judiciaire de Grande Bretagne a cassé hier matin à l'unanimité le refus d'immunité décidé par ses pairs. C'est en quelque sorte un retour à la case départ.
En pratique cela signifie qu'un nouveau jugement devra être rendu, probablement au début de l'année prochaine', a expliqué Lord Brown-Wilkinson, le président du comité d'appel, composé de 5 magistrats. Le général Pinochet, accusé par la justice espagnole de crimes contre l'humanité, reste en résidence semi surveillée dans sa villa près de Londres. Techniquement, la décision du ministre britannique Jack Straw, donnant son feu vert à la suite de l
a procédure d'extradition, est pour l'instant suspendue.
La décision a été prise en raison des liens entre Lord Hoffman, l'un des magistrats siégeant lors de l'audience du 25 novembre, et la branche caritative d'Amnesty International. En raison de ces liens, a estime le comité dappel, le
magistrat pouvait être soupçonné de partialité envers le général chilien.
Amnesty International a répondu en expliquant que les avocats de M. Pinochet avaient reçu il y a 10 mois de cela une lettre du ministre britannique de la Justice les informant de la relation entre le magistrat en question et l'organisation de défense des droits humains. Ce même cabinet d'avocats londoniens avait versé 10 000 francs en faveur d'Amnesty International. En outre, l'organisation précise que sa branche caritative est complètement
indépendante de l'organisation' et qu'en aucun cas Lord Hoffman, qui n'est pas membre d'Amnesty, pouvait influencer le mandat du mouvement'.
Par ailleurs, pour de nombreux spécialistes, les juges de la Chambre des Lords ne pourront pas revenir sur la décision initiale sans passer pour des imbéciles'. Dans l'immédiat les partisans du général Pinochet se sont déclares
satisfaits de cette décision tandis que les critiques du régime militaire font part de leur espoir que justice sera faite.
19/12/1998. Renard du désert
Si Londres estime que l'opération militaire Renard du Désert' contre l'Irak se déroule comme prévue, on ne peut guère en dire autant de l'opération diplomatique. Le ministre britannique de la Défense, George Robertson a confirmé hier que l'infrastructure de la garde républicaine, les défenses anti-aériennes, les centres de commande militaire et la capacité de l'Irak de fabriquer des armes de destruction massive ont été endommagé par les bombes et les missiles alliés. Il a confirmé que la plupart des cibles visées se trouvaient en dehors de Bagdad.. Dans une interview à la BBC, il a souligné que les opérations militaires cesseront lorsque Saddam Hussein respectera les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies'.
Sur le plan politico diplomatique tout n'est pas aussi clair. Tout d'abord, il y a eut l'annonce surprise du rappel à Moscou de l'ambassadeur russe à Londres. Pour le Foreign Office, les relations entre Londres et Moscou demeurent
cordiales: le Royaume-Uni et la Russie vont coopérer ensemble pour la phase post-militaire de la crise irakienne', a déclaré un porte parole.
Par ailleurs, le Premier ministre Tony Blair se livre depuis 48 heures à une offensive diplomatique téléphonique pour expliquer la position de son pays à ses partenaires. Et il répète le discours tenu devant jeudi à la Chambre des
Communes: nous avons pris cette initiative parce qu'il faut contrer le danger réel que pose un tyran'. Tout le monde ne partage pas ce point de vue. Ainsi 20 députés travaillistes se sont vu refuser la possibilité d'exprimer officiellement leur opposition à Renard du Désert' par un vote, alors que Tony Blair venaient de leur vanter les mérites de la vie en démocratie.
11/12/1998. Pinochet
Pour sa première apparition en public, depuis son arrestation le 17 octobre dernier, le général Pinochet a choisi l'offensive. Devant le magistrat du tribunal de haute sécurité chargé de lui confirmer la procédure d'extradition à
son encontre, l'ancien dirigeant chilien a déclaré: je ne reconnaîtrais aucune autres juridictions que celle de mon pays pour juger les mensonges de l'Espagne'.
C'est en début d'après midi hier que le général Pinochet est arrivé au tribunal de haute sécurité de Belmarsh dans le sud de Londres. Il était accompagné d'une importante escorte policière. Un hélicoptère survolait également le trajet du convoi tandis que des tireurs d'élite de la police étaient postés sur les toits environnant le tribunal. Devant le bâtiment plusieurs dizaines de manifestants pro et anti-Pinochet s'agitaient de chaque côté de la rue, séparés par des barrières et un cordon de policiers. C'est par une porte dérobé, et assis dans un fauteuil roulant, que l'ancien dirigeant chilien a pénétré dans le tribunal devant lequel comparaissent d'habitude les membres de l'Armée républicaine irlandaise ou les personnes soupçonnées d'être des extrémistes algériens.
L'audience aura duré près d'une heure. Le magistrat a confirmé les accusations de torture, de tentatives d'assassinats et d'enlèvements à l'encontre du général qui de son côté a du décliner son identité, son âge et son
adresse: je m'appelle Augusto Pinochet Ugarte. J'étais Commandant-en-chef, dirigeant suprême du Chili et Président de la République du Chili et en ce moment Sénateur de la République'. Puis, toujours protégé par un important dispositif policier, le général a regagné sa luxueuse demeure au sud-ouest de la capitale, en attendant la suite des évènements.
Le prochain rendez-vous judiciaire est fixé au 18 janvier mais déjà ses avocats ont lancé une contre-attaque en demandant à être reçus mardi prochain devant le comité d'appel de la Chambre des Lords. Procédure inédite qui a pour but d'examiner le premier recours légal, et certainement pas le dernier, de la défense. Celle-ci estime qu'il y un conflit d'intérêt' entre l'un des Lords ayant refusé l'immunité au sénateur, et son appartenance à la branche d'Amnesty International chargée de recueillir des fonds pour l'organisation de défense des droits de l'Homme.
9/12/1998. Serial killer
Et de 12! Dans la région de Manchester, à 250 kilomètres au nord de Londres, les exhumations de cadavres par la police sont désormais quasi-quotidiennes. Pas moins de 3 en l'espace d'une semaine.
Hier les autorités ont en effet exhumé la dépouille d'une certaine Elizabeth Mellor, âgé de 75 au moment de son décès il y a 4 ans. Elle, comme les 11 autres cadavres déterrés depuis le mois d'août dernier, dans la même région, était une patiente du docteur Harold Shipman, 52 ans, bon pied, bon oeil, portant lunettes et barbe blanche. Innocent ou coupable? Docteur Jekyill ou Mister Hyde ? Blanc comme un mouton ou noir comme Fred West ?
La police l'a déjà accusé du meurtre de 8 de ses patientes entre avril 1993 et juin 1998. L'intéressé était jusqu'à hier resté silencieux. Il est sorti de son mutisme pour simplement nié le meurtre d'une seule de ses patientes, celle par qui a débuté l'affaire.
Le 24 juin dernier, Katleen Gundry, veuve depuis plusieurs années et âgée de 81 ans, est découverte morte par une aide-ménagère à son domicile de Hyde dans la banlieue de l'ouest de Manchester à quelques miles seulement du Peak District, l'une des plus belles et plus sauvages régions du pays. Le docteur Shipman, qui exerçait seul dans son cabinet de Manchester depuis 20 ans, établit le certificat de décès sur lequel on peut lire que la veuve est morte de vieillesse.
Dans un premier temps, les proches mis au courant de la disparition de celle qui occupa un temps les fonctions honorifiques de maire dans sa localité, acceptent sans broncher la cause de la mort. Très rapidement cependant ils contactent la police lorsqu'ils s'aperçoivent que leur parent lègue toute sa fortune au docteur Shipman. Et une somme plutôt coquette: 3 millions de francs. D'où la décision des autorités d'exhumer sa dépouille au mois d'août pour pratiquer une autopsie dont les résultats sont pour l'instant gardés secrets. Dès le mois de septembre, le médecin est incarcéré dans une prison de Liverpool où il est surveillé 24 heures sur 24 car ses gardiens craignent qu'il ne tente de se suicider.
Pour l'instant 12 cadavres ont donc été déterrés. La plus jeune victime avait 49 ans et la plus âgée 81 ans. Uniquement des femmes, pour la plupart veuves. Il y a quelques semaines, la police s'est rendue à Malte pour demander l'autorisation d'exhumer la dépouille de Marie Fernley, âgée de 53 ans lors de son décès il y 3 ans. Mais sa famille s'est opposée à la requête.
Les autorités judiciaires britanniques demeurent muettes, sinon perplexes, depuis le début de l'affaire. Elles se contentent d'indiquer que M. Shipman pourrait comparaître devant un tribunal de Liverpoll ou de Preston au début de l'année prochaine. En outre, elles indiquent que l'enquête pourrait être fort longue, d'autant que ce sont en fait au moins 28 patientes du docteur Shipman qui sont sans doute décédées dans des circonstances suspectes.
09/12/1998. Pinochet
Tout un symbole. C'est à la veille du cinquantième anniversaire de l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'Homme, que le ministre britannique de l'Intérieur Jack Straw a donné son feu vert pour la suite de la procédure d'extradition à l'encontre du général Pinochet. C'est hier en fin d'après-midi qu'il a fait connaître publiquement sa décision. En d'autres termes, le gouvernement britannique estime que l'ancien dirigeant chilien peut désormais comparaître devant la justice espagnole.
La décision des autorités britanniques intervient alors que le sénateur à vie est en état d'arrestation depuis le 17 octobre. Après un séjour à l'hôpital, où il a été opéré d'une hernie discale, il réside désormais sous haute surveillance policière dans une villa de la campagne anglaise.
Les organisations de défense des droits de l'Homme se sont réjouies de la décision des autorités britanniques. Pour Amnesty International une nouvelle ère s'ouvre pour les droits de l'Homme. Il est profondément encourageant de constater que le gouvernement britannique a pris une position ferme contre l'impunité.
L'annonce de Jack Straw est intervenue après celle des 5 juges de la Chambre des Lords qui le 24 novembre ont décidé que le général Pinochet ne pouvait pas bénéficier d'une quelconque immunité en raison de son statuts d'ancien chef de l'Etat.
L'affaire est cependant loin d'être terminée. En effet, un juge doit maintenant établir la validité des preuves avancées par la justice espagnole pour permettre à M. Pinochet d'être extradée vers Madrid afin de répondre aux accusations de crimes contre l'humanité. Et les avocats de M. Pinochet ont déjà mis en garde qu'ils useraient de tout la gamme des procédures prévues par la loi pour retarder, voire annuler, la procédure d'extradition à l'encontre de leur client.
En attendant, le général Pinochet, qui a célébré il y a quelques jours en résidence semi surveillée ses 83 ans, se verra notifié officiellement de la décision du gouvernement britannique ce vendredi devant un tribunal.
30/11/1998. Pinochet
Depuis plusieurs jours, les autorités chiliennes multiplient les pressions sur le gouvernement britannique pour obtenir la libération du général Augusto Pinochet et son retour au Chili.
Le chef de la diplomatie chilienne Jose Miguel Insulza est à Londres depuis vendredi dernier et a remis au Premier ministre Tony Blair une lettre de protestation de son gouvernement. Toutefois M. Blair ne l'a pas reçu en personne. En revanche il s'est entretenu pendant une heure avec son homologue Robin Cook. Les deux hommes ont déclaré souhaiter le maintien de bonnes relations entre Londres et Santiago. M. Cook a réitéré que l'affaire était purement judiciaire tandis que le chef de la diplomatie chilienne répétait que l'ancien dirigeant militaire chilien devrait être autorisé à rentrer dans son pays. Une position défendu par l'opposition conservatrice.
Le nouvel argument chilien est la promesse que M. Pinochet sera jugé dans son pays où déjà 14 actions en justice sont intentées contre l'ancien dirigeant chilien. Dans une interview à la BBC, M. Insulza a déclaré: En Espagne, en Grande-Bretagne, et dans n'importe quel autre pays, vous ne pourriez rendre qu'une justice symbolique parce que jamais vous ne pourrez découvrir la vérité et enquêter sur ce qui s'est réellement passé au Chili.
Mais les spécialistes citent la loi d'Amnestie chilienne de 1978 qui de facto absout les auteurs de torture, disparition et autres assassinats politiques. En outre, en tant que sénateur à vie, Augusto Pinochet est à l'abri de toutes poursuites judiciaires.
Hier l'Observer rapportait que selon de hauts responsables du gouvernement, les deux pays pourraient passer un accord pour sortir de l'impasse. Le ministre de l'Intérieur, Jack Straw, accepterait de renvoyer M. Pinochet dans son pays après avoir reçu les garanties que celui-ci serait jugé par un tribunal chilien. Toutefois le ministre chilien des Affaires étrangères, lui même contraint à 14 années d'exil durant le régime militaire, a démenti ces rumeurs.
En attendant, c'est le 11 décembre que l'intéressé connaîtra la décision de Jack Straw quant à la mesure d'extradition réclamée par l'Espagne. Il pourra soit donner son feu vert en faveur du processus d'extradition, soit décider de remettre en liberté Augusto Pinochet. M. Straw pourrait invoquer l'âge ou la santé du sénateur ou encore le risque de déstabilisation au Chili que pourrait entraîner l'extradition du général.
L'argument économique est également en train de faire son chemin. Plusieurs appels ont été lancés au Chili en faveur du boycott des produits britanniques, comme le whiskey ou les voitures de luxe britanniques. Des économistes rappellent cependant que la balance commerciale penche en faveur de Londres et qu'un boycott des produits britanniques n'aurait qu'un impact mineur.
Le Foreign Office recommande à ses ressortissants de ne pas se rendre au Chili en raison de la situation volatile. C'est donc l'incertitude pour ces 2000 scouts britanniques qui doivent passer la fin de l'année à une soixantaine de kilomètres de Santiago pour un Jamboree mondial.
27/11/1998. Pinochet
Le général Pinochet devra attendre le 9 décembre pour connaître la décision du gouvernement britannique sur son extradition. En effet hier le ministre de
l'Intérieur Jack Straw a demandé un délai supplémentaire de 7 jours pour rendre
sa décision. Il est fort probable que M. Pinochet comparaisse également le 9
décembre devant les magistrats. Le ministre a deux options. Soit refuser la
procédure d'extradition pour des raisons humanitaire ou politique, soit donner
son feu vert. Ce n'est que dans ce cas-la, que les magistrats chargés
d'instruire le dossier d'extradition pourront commencer leur travail. En
pratique cela signifie qu'ils devront juger la validité juridiques des pièces
jointes à la requête d'extradition espagnole. La procédure pourrait s'avérer
fort longue.
Les spéculations vont bon train quant à la décision du ministre de
l'Intérieur, lui-même avocat de formation. Certains rappellent qu'au début de
l'année, lorsqu'un journal populaire avait piégé son fils de 17 ans en lui
vendant du cannabis, M. Straw avait lui-même décidé de l'amener au commissariat
de police de son quartier. L'affaire n'avait pas eu de suite politique et le
fils s'en tait tir' avec un simple avertissement. Et le ministre avait une cote
de popularité' record. Les observateurs soulignent que Jack Straw est un homme de
principe même s'il est aussi un animal politique. Et de rappeler encore que
durant les années soixante dix, M. Straw allaient régulièrement manifesté dans
les rues de Londres contre le régime militaire du général Pinochet.
Quelques heures après l'annonce du jugement des Lords, M. Straw indiquait
qu'il prendrait sa décision en fonction de la loi et en fonction des délais
impartis par la loi'.
Le ministre de l'Intérieur fait en outre partie d'une classe de dirigeants,
en particulier au sein du parti travailliste, pour qui le régime chilien de 1963
1990 faisait l'objet d'une profonde détestation. D'ailleurs le ministre du
Commerce et de l'Industrie Peter Mandelson avait déclaré dès l'arrestation
d'Augusto Pinochet le 17 octobre dernier, que la demande d'immunité' en faveur de
l'ancien dirigeant chilien le révulsait'. Pour l'instant cependant, on note que
le gouvernement n'a pas pris position sur la décision, mercredi, des 5 juges de
la Chambre des Lords.
Dans l'immédiat les organisations de défense des droits de l'Homme vont
continuer faire pression sur le ministre pour faire pencher la balance en
faveur de l'extradition vers l'Espagne. A n'en pas douter, les avocats de la
défense ne manqueront pas de souligner que l'extradition vers l'Espagne du
sénateur pourrait provoquer une déstabilisation politique au Chili.